St Augustin : La prière dans toute la vie - La louange
- Ce psaume nous invite à exulter dans le Seigneur. Il est, intitulé : Psaume de David. Pour lui même. Et donc que ceux qui appartiennent à, la très sainte descendance de David entendent sa voix, reprennent ses mots et exultent dans le Seigneur. Le texte commence ainsi : Justes, exultez- dans le Seigneur. Que l'homme injuste exulte dans le siècle : fini le siècle, finie l'exultation de l'injuste. Mais que les justes exultent dans le Seigneur parce que le Seigneur demeure et que demeurera l'exultation des justes.
Nous pouvons exulter dans le Seigneur si notre louange reconnaît en lui le seul qui accomplit tous nos désirs ; car nul autant que lui n'offre aux infidèles de quoi leur déplaire. Cela peut se dire en bref : on plaît à Dieu quand Dieu vous plaît. Ne croyez pas, mes biens aimés, qu'il s'agisse là d'un jeu de mots. Voyez combien il y a de gens qui disputent contre Dieu et à qui ses œuvres déplaisent.
Et en effet quand il agira l'encontre de la volonté des hommes parce-qu'il est le Seigneur, parce qu'il sait ce qu'il doit faire, parce qu'il ne se préoccupe pas tant de nos désir que de notre bien, il se trouve toujours des gens qui aimeraient mieux. que ce soit leur volonté qui se fasse et non pas celle de Dieu ; alors ils veulent plier Dieu à leur volonté et non pas la corriger pour la conformer à Dieu. A ces infidèles, à ces impies à ces hommes d'iniquité, je regrette de le dire mais je le dirai tout de même et vous savez comme je dis vrai : un pantomime a plus de chances de plaire que Dieu.
Chantez-lui un cantique nouveau. Rejetez les vieilles souillures. Vous le savez ce cantique nouveau. Homme nouveau, Nouvelle Alliance, Cantique nouveau. Pour savoir le chanter, il faut des hommes nouveaux, renouvelés par la grâce arrachés aux vieilles souillures. appartenant déjà à la Nouvelle Alliance qui ouvre le Royaume des Cieux. C'est vers lui qu'aspire tout notre amour quand il chante un cantique nouveau. Qu'il le chante, ce cantique, non des lèvres, mais par toute sa vie. Chantez-lui un cantique nouveau ; chantez-le-lui bien. Chacun peut voir comment il chante pour Dieu. Chante pour lui mais chante bien. Il ne veut pas qu'on blesse ses oreilles. Chante bien, frère. Devant un musicien averti, si l'on te demande de chanter pour lui plaire et que tu n'aies pas quelque teinture de musique, tu hésites, tu crains de déplaire ; ce qu'un autre ne remarquerait même pas ne va pas échapper au Maître.
Alors diras-tu, qui pourra offrir à Dieu un beau cantique, lui qui juge le chanteur, lui qui entend tout, qui pèse tout dans son infaillible balance ? Oui, comment pourrais-je acquérir tant de virtuosité pour ne déplaire en aucun point à des oreilles si exigeantes ? Rassure-toi. Il t'indique la manière de chanter. Ne t'occupe pas de chercher des mots comme si tu pouvais mettre en forme, une musique capable de plaire à Dieu. Contente-toi de jubiler. Bien chanter devant Dieu, c'est jubiler. Mais qu'est-ce à dire ? C'est renoncer à comprendre, c'est renoncer à dire avec des mots ce qui se chante dans le coeur. Voyez ceux qui chantent, Moissonneurs, vendangeurs ou autres, leur joie s'allume d'abord aux paroles des chansons, mais bientôt elle les envahit, et des paroles seraient impuissantes à la déployer encore, alors ils laissent mot et syllabe et l'on n'entend plus que leur jubilation.
Musique sans paroles parce que le coeur veut mettre au jour ce qui ne peut se dire. A qui cela convient-il mieux qu'au Dieu ineffable. Ineffable : tu ne peux, dire ce qu'il est. Tu ne peux dire ce qu'il est et tu ne dois pas non plus garder le silence, alors que faire sinon jubiler, ouvrir son coeur à une joie qui n'aura plus à chercher, de mots, dilater sa joie immensément bien au-delà des bornes des syllabes.
Chantez-lui un beau cantique par votre jubilation. (II, I ; 1; 19)
Psaume 65 - Jubilez devant Dieu, habitants de la terre. Que veut dire (Jubilez) ? Cela signifie : Que votre joie s'échappe en (cris) si vous ne pouvez la traduire en mots. Car la jubilation ne recourt pas aux mots ; elle est le (cri), le chant d'un coeur joyeux qui a porté en lui même et produit au-dehors son bonheur, le bonheur qu'il a conçu et qui ne peut s'exprimer en mots. Jubilez devant Dieu, toute la terre ; point de jubilation à part. Que jubile donc toute la terre, toute l'Eglise catholique (à ne pas prendre dans le sens catholique romain puisqu'à l'époque de St Augustin il n'était pas question de protestant, d'orthodoxe,...).
Que l'univers entre dans notre louange !
Psaume 99 - Louez le Seigneur dans la jubilation, toute la terre. Toute la terre, à cette heure, entend-elle ma voix ? Et pourtant toute la terre a entendu cette voix. Déjà toute la terre loue le Seigneur dans la jubilation et celle qui ne le loue pas encore le louera.
Qu'est-ce donc que cette jubilation ? Le titre du psaume : Pour la confession, attire toute notre attention sur ce mot. Oui, qu'est-ce que la jubilation unie à la confession ? On dit dans un autre psaume : "Heureux le peuple qui conriait la jubilation" (Ps. 88, 16). Il faut bien que ce soit une grande chose puisque sa connaissance procure le bonheur. Que le Seigneur notre Dieu, source de tout bonheur, me donne l'intelligence de ce que je vais dire, à vous l'intelligence de ce que vous entendez. Heureux le peuple qui connaît la jubilation. Courons donc à ce bonheur, comprenons la jubilation, n'allons pas nous y livrer sans la comprendre. Que servirait d'être dans la jubilation et d'obéir à là parole : louez Dieu dans la jubilation, terre entière, si nous ne comprenions pas ce qu'est cette activité en sorte que notre voix seule et non notre coeur y participeraient ? Rappelons-nous que la voix du coeur c'est l'intelligence.
Vous savez déjà ce que j'ai à vous dire. Celui qui est dans le jubilation ne prononce pas de paroles ; sa joie se fait entendre sans qu'il y mêle des mots; c'est le chant d'une âme que la joie inonde et qui comme elle peut, extériorise ses sentiments sans arriver à former des phrases. L'homme qui est dans la joies à partir des mots qui ne peuvent déjà plus ni se dire ni se comprendre passe à une sorte de cri où le bonheur jaillit sans paroles.On voit bien qu'il veut donner une voix à la joie, mais la plénitude de cette joie execessive l'empêche de se développer en mots. Observer cela chez tous ceux qui chantent, même des chants profanes.Assurément, notre jubilation ne ressemblera pas à la leur ; nous devons nous y livrer parce que nous sommes justifiés : eux s'y livrent parce qu'ils vivent dans l'iniquité, la nôtre aboutit à la confession, la leur à la confusion. Cependant pour bien comprende ce que je vous dis rappelez-vous une chose connue, la jubilation s'observe surtout chez les travailleurs de la terre.
La confession devant Dieu
Psaume 94 - Soyons dans la jubilation, devant Dieu notre SAUVEUR, (jubiler) c'est ne, pouvoir exprimer sa joie par des mots et pourtant signifier par des chants ce qu'on ressent au dedans de soi et que les mots ne peuvent exprimer. Voyez ce qui se passe quand on chante et qu'une allégresse purement terrestre semble vouloir se dépasser elle-même : au milieu des chants que soutiennent les paroles un certain excès d'allégresse n'arrive pas à se satisfaire, les mots ne suffisent plus, alors on jubile et cet usage de la voix révèle un état d'âme où l'on ne peut exprimer par des paroles ce que ressent le coeur. Si les joies de la terre donnent lieu à une jubilation, qu'en doit-il être pour nous que Dieu emplit d'une joie céleste dont aucun mot, c'est bien vrai, ne peut dire la profondeur ?
Présentons-nous devant sa face par la confession, La confession s'entend de deux manières dans les Ecritures : confession de louange, confession de gémissement. La première a pour but de glorifler celui qui en est l'objet ; la seconde exprime le repentir de celui qui fait la confession. Louer Dieu, s'accuser soi même, voilà ce qui est confesser ; la parole humaine n'a pas de plus digne emploi...
Confessons sa louange, confessons sa miséricorde, et toujours en lui rendant gloire. Car si la confession appartenait exclusivement à celui qui se repent, nous ne lirions pas dans l'Evangile et à propos du Seigneur lui-même : "Alors Jésus tressaillit dans l'Esprit-Saint et dit : je confesse ton nom ô Père, Seigneur du ciel el de la terre, parce que tu as caché ces choses aux sages et aux prudents et les as révélées aux petits". (Lc 10, 21).
Saint Augustin
